Il n’existe pas de levier unique capable de rétablir les finances publiques, de préserver le modèle social et de restaurer la confiance démocratique. Toute approche sérieuse repose sur un panier de mesures, chacune ayant un rendement, des limites et des effets distincts.
La fiscalité du très haut patrimoine, à travers une taxe de type Zucman, peut contribuer à rééquilibrer l’effort collectif (10 à 20 milliards d’euros), mais elle ne peut, à elle seule, financer un État social vieillissant. Les aides publiques aux entreprises constituent un gisement réel, à condition d’assumer des ajustements ciblés, y compris une remise à plat partielle de l’emploi aidé là où son rendement sur l’emploi est le plus faible. Dans ce cadre, un ordre de grandeur d’environ 15 milliards d’euros est atteignable sans choc massif sur l’emploi.
La réduction du fonctionnement de l’État peut dégager des marges supplémentaires (10 à 20 milliards), à condition de s’attaquer à l’organisation, aux doublons et aux fonctions support, et non aux missions essentielles. La taxation des très gros patrimoines immobiliers, non délocalisables, a un rendement limité (3 à 6 milliards), mais joue un rôle structurel en freinant la reproduction automatique des rentes.
Le cœur de l’équation reste néanmoins démographique. L’ajustement de l’âge de départ à la retraite demeure le levier budgétaire le plus puissant (22 à 30 milliards nets), même s’il est socialement coûteux. L’immigration de travail agit comme un amortisseur indispensable à court et moyen terme, tandis que la politique familiale est la seule réponse de long terme au manque de cotisants. L’intelligence artificielle peut améliorer la productivité et l’efficacité de l’État, mais elle ne contribue au financement du modèle social que si l’assiette de financement est adaptée.
Enfin, aucune trajectoire ne peut être crédible sans une responsabilité politique réelle, clairement distinguée en deux étages.
D’une part, les atteintes à la probité doivent relever d’un pénal renforcé.
Les faits de corruption, trafic d’influence, prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics ou favoritisme commis par des responsables publics doivent entraîner des sanctions pénales lourdes : peines de prison effectives lorsque la gravité est établie, sanctions financières dissuasives, confiscation des gains et inéligibilité prononcée au pénal. Il ne s’agit pas de moraliser la vie politique, mais de sanctionner plus durement la trahison de l’intérêt général.
D’autre part, et indépendamment du pénal, une sanction administrative doit exister pour les fautes graves de gestion.
En cas de faute grave de gestion objectivable, violation manifeste des règles applicables, négligence caractérisée, persistance de décisions prises en contradiction avec des alertes écrites et formelles répétées, constatée par une instance de contrôle indépendante dans le cadre d’une procédure contradictoire, la conséquence doit être simple : l’inéligibilité à vie.
Cette sanction ne vise ni une orientation politique, ni un échec, ni une erreur d’appréciation, mais uniquement l’incapacité démontrée à gérer l’argent public dans le respect des règles. L’objectif est clair : on peut débattre des idées, mais on ne confie pas deux fois la gestion des fonds publics à quelqu’un qui a prouvé qu’il ne savait pas les gérer.
Ne vous attendez donc pas à retrouver ces idées réunies dans un tract glissé dans votre boîte aux lettres.
À la prochaine élection, ce seront encore les mêmes discours usés :
– pour l’extrême droite, la responsabilité est imputée à l’étranger, réel ou fantasmé, érigé en cause première des désordres sociaux ;
– pour la droite, elle relève d’un excès d’assistanat et d’un affaiblissement de la responsabilité individuelle ;
– pour le centre, elle est diffuse et collective, diluée dans la complexité du monde, ce qui permet d’éviter toute remise en cause de sa propre gestion ;
– pour la gauche, la responsabilité incombe aux inégalités produites par la concentration des richesses et du pouvoir économique ;
– pour l’extrême gauche, elle relève du système capitaliste lui-même, jugé incompatible avec une justice sociale durable.
Pendant ce temps, les problèmes, eux, restent exactement à la même place.