Quand la dictature devient une opinion

💬 « Se tivéssemos um, dois ou três Salazares, havia menos corrupção neste país. »
👉 « Si nous avions un, deux ou trois Salazar, il y aurait moins de corruption dans ce pays. »
— André Ventura

Cette phrase repose sur une falsification historique majeure.
Sous António de Oliveira Salazar, la corruption n’a pas disparu : elle était rendue invisible par la censure, l’absence de presse libre, la suppression des contre-pouvoirs et la soumission de la justice au pouvoir exécutif.

Le pilier de ce système était la PIDE (Polícia Internacional e de Defesa do Estado), une police politique chargée non pas de protéger les citoyens, mais de surveiller, intimider et éliminer toute dissidence.
Écoutes, filatures, dénonciations organisées, arrestations arbitraires faisaient partie du quotidien. Des opposants, syndicalistes, étudiants, journalistes ou simples citoyens étaient emprisonnés sans procès, parfois torturés, souvent exilés.

Exemples concrets :

  • La prison de Tarrafal (au Cap-Vert), surnommée le camp de la mort lente, où des prisonniers politiques sont morts de mauvais traitements et de privations.
  • La censure préalable : journaux saisis, livres interdits, artistes réduits au silence.
  • Les guerres coloniales, menées pendant plus d’une décennie, envoyant des milliers de jeunes Portugais mourir pour préserver un empire déjà condamné, pendant que toute critique était étouffée.

👉 Ce silence n’est pas de la probité : c’est de la peur organisée.

Si le salazarisme avait été une solution, le Portugal n’aurait pas eu besoin de la Révolution des Œillets pour respirer.
On ne renverse pas un régime juste et efficace : on se libère d’un régime qui étouffe.

Mon père m’a fait découvrir Grândola, Vila Morena (1971).
Pourtant, il n’a rien d’un révolutionnaire.

Et avant cela, partout en Europe, des voix se sont élevées pour contrer l’oppression.

Bella Ciao, en Italie (1943–1945).
Le Chant des Partisans, en France (1943).
Die Moorsoldaten, écrit en 1933 dans l’un des tout premiers camps de concentration allemands, bien avant l’horreur de la Shoah.

Et devinez qui on y enfermait :

— des communistes,
— des sociaux-démocrates,
— des syndicalistes,
— des intellectuels,
— des journalistes.

Honte à ceux qui oublient le prix de la liberté : ils seront condamnés à la perdre.