Les poètes d’un seul homme

Fernando Pessoa m’a toujours fasciné. Son talent littéraire est indéniable, mais ce n’est pas ce qui m’attire le plus : c’est ce jeu, cet intérieur, ce multiple qui n’a rien d’une dissonance. Ce paradoxe absurde de la malle, 25 000 manuscrits : de toute façon, rien n’aurait pu être autrement… mais sache-le, tu écrivais comme un cochon.

Au génie Pessoa : tu as inventé des voix, des mondes, des poètes entiers pour habiter ta solitude et ta créativité. Tes hétéronymes sont des continents intérieurs. Toi qui n’as quitté ta ville natale qu’à cause des choix familiaux. Toi qui as fait de la poésie un art presque sensoriel, avec une lucidité clinique.

Tu avais Caeiro, Campos, Reis, et les autres. Tes hétéronymes sont des marionnettes sublimées : là où d’autres ont Guignol et Gnafron, toi tu as des poètes. Un théâtre d’une autre dimension.

Aujourd’hui, te voilà installé dans le plus beau monument Lisboète, le Monastère des Hiéronymites. Avec plus d’un million de visiteurs à analyser chaque année… Tu as un sacré terrain de jeu, non ? 🙂 bon lui évidemment