Les murs porteurs

Ses cheveux en chignon approximatif et son visage doux, un peu masqué par sa frange, laissent pourtant apparaître un sourire franc quand je viens récupérer ma fille.
Ce jour-là, nous sommes invités. Un moment de convivialité.

Dès l’entrée pourtant, un sentiment de malaise m’accompagne.
Le bâti est ancien.
Il est inutile de masquer le manque criant d’entretien des lieux, le manque de moyens alloués aux associations, qui ont évidemment autre chose à faire que de s’occuper des murs.

Ces murs portent les traces du temps.
Le temps de l’inertie.
Un coup de peinture, me dira-t-on. Rien de dramatique. Rien d’exceptionnel non plus.
Juste cette impression persistante que l’on a appris à composer avec le provisoire.

Pourtant, beaucoup de chaleur se dégage de cet endroit, parce qu’il est, pour un temps, habité.
Des voix jeunes.
Des regards francs, retenus, contenus.
Des gestes spontanés, souvent timides.

Cette jeunesse, si souvent caricaturée, je la trouve belle.
Et je me surprends à un léger malaise : moi, je n’ai rien à leur offrir.
En échange, ils donnent ce qu’ils ont de plus précieux, leur temps, leur attention, leur bienveillance, à ma fille, et à tous les autres.

Il y a une brève présentation dans une salle exiguë, remplie de parents.
Des échanges courts, contenus, qui peinent à prendre corps.

Il y a quelque chose de profondément juste dans cette énergie-là.
Et quelque chose de profondément injuste dans ce qu’on lui demande de porter.

Alors je souris. Je tente de partager le moment.
Mais une part de moi reste en retrait, attentive à ce décalage,
à cette humanité qui, malgré elle, tente de réparer ce que la société a laissé se fissurer.