L’enfer des chaumières

Il vivait à l’écart, non par peur, ni par mépris.
Simplement parce que, de trop près, les choses perdaient leur forme.

Quand les autres arrivaient, ils souriaient d’abord.
Contents d’échanger.
Contents de croire qu’ils allaient le comprendre.

Ils posaient des questions.
Puis, presque aussitôt, ils rangeaient.

Ils cherchaient un mot.
Un rôle.
Une case.

Ce n’était jamais méchant.
C’était pour se rassurer.
Pour savoir à qui ils avaient affaire.

Alors Shrek reculait d’un pas.
Et quand il sentait que l’on ne comprenait pas,
il se faisait plus colérique, plus imprévisible.
Non pour attaquer,
mais pour brouiller les pistes.

Il ne voulait pas être seul.
Mais il refusait de sacrifier ce qu’il était,
et surtout ce qu’il n’était pas encore devenu.

De loin, il respirait mieux.
Les formes restaient ouvertes.
Les gestes inachevés.
Les idées, encore vivantes.

Shrek n’acceptait tout simplement pas d’être réduit
à une créature avide de chair humaine.
Il était végétarien.
Mais parfaitement capable d’avaler un humain d’une traite
si cela suffisait à éloigner la foule des curieux.