On parle beaucoup de redistribution, d’arbitrages budgétaires, de choix responsables. Mais il suffit de regarder où les crises s’accumulent pour comprendre une chose simple : l’enfant est devenu un angle mort du politique.
Les scandales dans les crèches, révélant des pratiques de maltraitance, un sous-encadrement chronique et des logiques de rentabilité incompatibles avec l’accueil du tout-petit, n’ont rien d’accidentel. Ils sont le symptôme d’un secteur abandonné à la pénurie, largement délégué au privé, et sans contrôle effectif. Chacun feint la surprise, alors que les signaux d’alerte étaient là depuis des années.
La même mécanique est à l’œuvre dans la protection de l’enfance, avec une Aide sociale à l’enfance (ASE) régulièrement épinglée pour ses défaillances : placements inadaptés, ruptures de suivi, errance institutionnelle, parfois des drames. Là encore, il ne s’agit pas de simples « ratés », mais des conséquences prévisibles d’un système maintenu sous contrainte budgétaire permanente.
L’enfant handicapé s’inscrit dans cette continuité. Parcours scolaires discontinus, accompagnements insuffisants, familles livrées à elles-mêmes : rien de tout cela n’est nouveau. Ce qui frappe, en revanche, c’est la constance avec laquelle ces sujets restent périphériques dans les arbitrages nationaux, y compris lorsque des marges budgétaires existent ailleurs.
Crèches, ASE, handicap, périscolaire : les champs diffèrent, la logique est la même. L’enfant ne vote pas. Il ne constitue pas un électorat structuré. Sa souffrance n’entraîne pas de sanction immédiate dans les urnes. Et ses parents, souvent épuisés, isolés, absorbés par l’urgence du quotidien, peinent à peser collectivement.
Dans ce contexte, il n’est pas étonnant que les choix budgétaires privilégient des publics plus visibles, plus organisés, plus « rentables » politiquement. Ce n’est pas un complot, mais une mécanique d’inertie, lourde de conséquences, qui finit par dessiner une hiérarchie implicite des vies et des priorités.
Le consensus politique a ainsi choisi de maintenir l’abattement fiscal de 10 % sur les pensions de retraite des classes moyennes et supérieures, une niche représentant environ 5 milliards d’euros par an. Une somme à laquelle l’État a renoncé, non par nécessité, mais par arbitrage politique.
Angle mort du clientélisme politique : nos enfants.