Le changement

Il était une fois un café.
Un café comme il en reste encore,
avec ses habitués qui semblent avoir un problème avec la gravité,
ses voix un peu trop fortes,
ceux qui philosophent pour trouver le prochain tiercé,
et le bruit des tasses qu’on repose.

On l’appelait le café de France.

À une table, un homme parlait.
Beaucoup.

Il disait que le pays changeait trop vite,
que certains profitaient,
qu’on ne se sentait plus chez soi.

Les phrases tombaient facilement.
Comme apprises.

Autour de lui, on hochait la tête.
Ou on laissait dire.

Puis la porte s’ouvrit.

Un homme entra.
Salua.
S’approcha du comptoir.
Demanda des cigarettes.

C’était le “changement”.

Hors du café de France,
ils échangeaient quelques mots.
Parfois un sourire.

Rien de plus.

Il quitta le café.

À la table, le discours reprit.
Identique.

Comme si de rien n’était.