La reine des neiges

Il était une fois une responsable politique bien coiffée,

toujours droite, toujours sérieuse,

enfermée dans son palais de certitudes.

Elle parlait de tempêtes,

de flux incontrôlables,

de portes qu’on ne pouvait pas ouvrir

sans risquer l’effondrement du royaume.

Elle disait qu’aider trop vite, trop fort,

c’était faire entrer le chaos dans la cité.

Alors elle fermait.

Les ports.

Les mots.

Les regards.

Les financements à ceux qui voulaient encore aider.

Quand on parlait de vies,

elle parlait de conséquences.

Quand on parlait de droit,

elle parlait en flux, d’un cynisme glacial.

Un jour, elle a regardé.

Un mort.

Un de plus.

Il ne ressemblait pas à Olaf.

Il était jeune, pas plus de vingt-cinq ans.

Chétif.

Et pourtant, il avait encore ce sourire.

Même mort, on aurait dit qu’il souriait encore.

Il s’était convaincu qu’il résisterait à la noyade.

Il est mort d’hypothermie.

Alors le vent s’est levé.

Les phrases trop bien répétées se sont fissurées.

Les certitudes ont glissé

comme un château de neige au soleil.

Elle est montée sur la montagne.

Seule.

Face au public.

Et là, enfin, elle a chanté.

Libérée, délivrée,

je ne mentirai plus jamais…

Elle a juré qu’elle n’avait jamais voulu dire ça.

Que ses mots avaient été mal compris.

Que la réalité était plus complexe.

Qu’il fallait tourner la page.

Mais plus personne n’écoutait.

Et pendant que le palais brillait encore,

le froid, lui,

continuait son travail.