Alice au pays de l’illettrisme et des contresens

Il n’a jamais été aussi facile d’accéder au savoir,
et jamais aussi facile de céder aux raccourcis.

Dans ce pays, les déplacements sémantiques ont un sens.
Le mot efficacité remplace définitivement celui de domination.
La force ne se dit plus comme telle : elle se présente comme pragmatique, rationnelle, nécessaire.
Les règles deviennent des obstacles, le droit une lenteur, la nuance une faiblesse.
Les mots, usés et dénaturés, ne sont plus une barrière.

Ce n’est pas un monde plus ordonné.
C’est un monde où l’arbitraire a appris à parler le langage de la performance administrative aveugle.

Dans ce monde-là, les rois et les reines jouent leurs cartes.
Ils ne cherchent pas à être justes : ils séduisent le plus grand nombre,
quitte à user et chier sur le dictionnaire,
tout en invoquant de belles âmes et de belles lettres.

Malgré ces envolées lyriques, on y demande toujours plus de violence pour se protéger de la violence.
La force est présentée comme une nécessité défensive, l’exception comme une mesure de bon sens.
Le droit reculera au nom de la sécurité, jusqu’à devenir un souvenir encombrant.

Ce n’est pas un excès.
C’est une logique.

Il y a pourtant une différence essentielle entre la violence et la violence d’État.
La première est visible, chaotique, immédiatement condamnable.
La seconde se pare de légalité, de procédures, de chiffres, de mots rassurants.

C’est cette violence-là qui est la plus dangereuse.
Parce qu’elle ne se vit pas comme telle.
Parce qu’elle s’exerce au nom du bien, de l’ordre, de la protection.

La police, l’armée : des métiers nobles,
réduits aux basses besognes de décisions irresponsables
qu’ils n’ont ni le pouvoir de penser,
ni celui de refuser.

Dans le pays d’Alice, il y a toujours un lapin.
Symbole de valeurs proclamées,
toujours en retard sur ce qu’elles prétendent défendre.

Ceci est une fiction.
Toute ressemblance avec un pays existant
ne serait que le fruit d’une lecture arbitraire.