Aladdin

On disait d’Aladdin qu’il était un voleur. Parce qu’il venait de la rue
et qu’il avait les traits qu’on apprend très tôt à craindre,
un visage juvénile
mais un regard déjà habité de gravité,
que certains appellent suspect.

Dans les palais, on appelait ça de la lucidité.
Dans la rue, on appelait ça survivre.

On ne disait pas enfant pauvre.
On disait racaille.
On ne disait pas faim.
On disait vol.
On ne disait pas abandon.
On disait délinquance.

La confirmation d’un récit
déjà écrit
sans lui.

Alors Aladdin se réjouit d’un mirage de richesse.
Il croit qu’il sera heureux,
qu’il aura la princesse,
et qu’enfin
il ne manquera de rien.

Il croit surtout
qu’en changeant de vêtements,
de langage,
de place,
le regard changera.

Qu’on oubliera la rue.
La faim.
Le soupçon.

Qu’il deviendra enfin
acceptable.

Et le regard change.
Il est accepté.

Mais son regard à lui aussi changea

Et il compris.

Le génie n’était pas dans la lampe.
Le génie
était en lui.